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Société

Vendredi 11 janvier 2008 5 11 /01 /Jan /2008 18:03
En Europe, aujourd'hui, deux conceptions de la prostitution s'affrontent : d'un côté, vous avez ceux qui pensent que la prostitution est une forme d'exploitation du corps, une nouvelle forme d'esclavage, et que par conséquent celle-ci ne devrait pas être tolérée. Ceux-là sont considérés comme des abolitionnistes.
De l'autre, il y a ceux qui pensent que la prostitution est une activité comme une autre, légitime au même titre que le sport, la musique ou la cuisine et qu'elle ne devrait donc pas faire objet de censure. Ceux-ci sont considérés comme des règlementaristes ( on leur doit notamment la fameuse campagne publicitaire diffusée en avril dernier sur toutes les chaînes de télévision hollandaise qui visait à banaliser l'exercice de la prostitution. Dans l'un des six spots diffusés, on pouvait entendre, par exemple,  une petite fille de huit ans avouer avec un joli sourire qu'elle voulait devenir prostituée lorsqu'elle serait plus grande. )

Profitant de l'engouement de certains pays occidentaux pour le "plus vieux métier du monde", un sociologue français, Claude Babouche, a récemment présenté son rapport sur l'état de la prostitution en France. Evitant soigneusement de rentrer dans la confrontation manichéenne qu'exige l'exercice de la morale sur un tel sujet, Claude Babouche a choisi, au contraire, d'ouvrir de nouvelles portes théoriques en se réclamant, notamment, pour "une prostitution équitable". Son entretien avec Maurice Bourselet, fondateur du label "Fornique Ethique", et dont nous reproduisons ici une partie, montre, dans les grandes lignes, la vision humaniste et libertaire qui réunit les deux hommes : la défende des fournisseurs de chair féminine à usage sexuel face aux monopoles, l'amélioration de leurs conditions de travail et de la qualité artisanale des produits, l'engagement du consommateur dans une démarche d'économie à grandeur d'homme.

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Claude Babouche, auteur essayiste et sociologue.
A publié : "  Réflexions anthropophages : l'avenir du lupanar ", " Vie de chiennes " et  " Sexe bien équitable ? Un rapport sur la prostitution de demain" aux éditions Encre Incisive.




 

ENTRETIEN AVEC MAURICE BOURSELET, FEDERATEUR DU PROJET « FORNIQUE ETHIQUE » (extraits) bourselet.gif

Claude Babouche :   Pouvez vous expliquer votre démarche et en quoi est-elle singulière dans une branche pourtant porteuse de l’économie mondiale ?
Maurice Bouselet :    Il faut savoir que le marché de la prostitution est tenu, pour l’essentiel, par      quelques gros monopoles : les slaves, les asiatiques, les africains et les riches réseaux occidentaux sont  quasiment exclusifs. Les distributeurs  locaux de filles faciles disparaissent au profit d’entreprises étrangères qui exportent leurs produits formatés et peu coûteux chez nous. C’est le marché de masse qui s’impose. Au détriment de tous. Nous, nous voulons justement redonner la priorité à ces distributeurs locaux trop souvent bafoués, en renforçant, d'une part, la qualité de leurs produits et en apportant, d'autre part, un soutien financier en adéquation avec leurs exigences.

Claude Babouche :   Vous vous inscrivez dans un mouvement clairement décroissant. Est-ce en réaction aux ravages de la mondialisation actuelle ?
Maurice Bourselet : 
  En effet, nous prônons la décroissance et la durabilité avant tout. D’où l’idée d’unir les petits fournisseurs de matière première à but jouissif et de fédérer leurs talents et leurs capacités au sein d’un réseau qui se veut porteur d'une morale. Le label Fornique Ethique doit assurer au consommateur de péripatéticiennes une qualité constante et la garantie de conditions de travail respectueuses des droits fondamentaux.
 
   Nous fonctionnons selon un principe qui va à l’encontre de l’inhumanité du capitalisme actuel. L’humain, le savoir-faire, l’environnement et le temps sont nos moteurs. Le retour à l’artisanat de qualité est aussi une de nos valeurs : nos produits à vocation sexuelle seront qualifiés, expérimentés et leur élevage respectueux en fera des articles honnêtes et sains. A l’inverse des usines à viande des gros réseaux.
     Par respect de l’environnement, nous suivons aussi le parcours de nos produits après usage. Nous utilisons principalement du bio, même si nous ne pouvons empêcher la cigarette et l’alcool au sein du mode de vie de nos extractrices de plaisir. Les employeurs de personnes à usage fornicatoire s'engagent aussi à prendre en charge les soins dentaires en cas de débordements, les prostituées seront étiquettées et vaccinées. Fornique Ethique est un gage de confiance !
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Claude Babouche :   Un projet cohérent et bien agencé, avec une politique de transparence et un côté clairement humaniste, cela doit faire grincer des dents dans un milieu où le profit à outrance semble être la seule loi.
Maurice Bourselet : 
   Oui. Le lobby des gros vendeurs de gent féminine à talent fellatoire et celui des procurateurs de fessiers accueillants internationaux tentent de racheter les petits, de faire pression, de les étouffer. Seulement, les temps changent. Les gens ne veulent plus de petites prostituées mineures et pleines de bleus qui pleurent quand on les touche et qui exercent sous la contrainte, sans aucune expérience du terrain. Ils ne veulent plus de fausses blondes aux racines foncées et à la toison sombre. Le client est désireux d’autre chose : de l’authenticité !
 


Claude Babouche : Un programme ambitieux ! Tout ceci est-il réellement viable économiquement et socialement ? Est-ce un coup d’épée dans l’eau ou un vrai changement de mentalité ?
Maurice Bourselet :
Notre label est solidaire et profondément humain. Les acteurs de l’imbrication lucrative des chairs s’engagent tous à respecter notre charte morale, sans quoi ils ne bénéficient pas du label. C’est un projet de conviction avant tout !
Economiquement et socialement, c’est le consommateur qui permettra à nos valeurs de perdurer. Le client est à la base du système. En choisissant Fornique Ethique, vous agissez pour changer les valeurs égoïstes de notre monde et revenir à quelque chose de plus sain.
La prochaine fois que vous irez défouler dans des employées aux orifices payants, réfléchissez bien aux implications de vos choix.


Claude Babouche : Donc, un travail de fond et de longue haleine. D’autres projets en vue ?
Maurice Bourselet :
Oui. Nous envisageons de nous étendre au domaine des stupéfiants. Une structure de crack et méta-amphétamines équitables est à l’étude. Le monde change, nous sommes à une époque charnière où les citoyens se préoccupent  des effets de ce qu’ils consomment sur la société et le monde.
Je pense qu’il est temps d’avoir des entreprises responsables.



Cette approche nouvelle de la consommation de prostituée trouve un écho favorable dans la société. Les jeunes générations sont sensibles au message moral véhiculé par les ligues de protections et les labels équitables tandis que les générations plus vieilles commencent à changer leurs habitudes.
Claude Babouche a analysé pour Rapid'Culture des témoignages anonymes que nous avons recueillis à la tombée de la nuit dans les rues de Paris.


Thierry, 50 ans, électricien :

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" Je fréquente des prostituées depuis trente ans. Je ne m'en lasse pas. Ma femme est paraplégique et cela fait longtemps qu'elle a dû renoncer aux affaires de la sexualité. Avant, c'est vrai qu'on allait aux putes comme on allait faire ses courses :
on prenait ce qu'on avait sous la main et on tirait un bon coup avant de passer à autre chose, sans trop se soucier des femmes qu'on fréquentait. Mais aujourd'hui, ça a changé. Y'a de plus en plus de contrôles, les femmes sont de moins en moins soumises et elles ouvrent de plus en plus leur gueules. Au début, ça m'énervait vachement! Il m'est d'ailleurs arrivé d'en tabasser une fois ou deux. Puis j'ai compris, notamment grâce au labels équitables, que les femmes n'étaient pas des marchandises et qu'on leur devait le respect.
Alors, j'ai commencé à aller voir des prostituées en m'habillant avec un peu plus de classe, je me parfumais, je leur apportais des cadeaux, et j'ai même arreté de leur pisser dessus après l'amour..."

L'avis de Claude Babouche :                                                                                 
"Nous avons affaire à un usager de longue date, dans la plus pure tradition des "indécrottables de la quéquette" qui n'ont que très récemment pris conscience de la bienfaisance d'un métier tel que celui de la prostitution.
Et de sa durabilité fragile à préserver.
On voit très bien dans ce témoignage que l'individu avait une vision on ne peut plus archaïque de la femme, vision que je qualifierai de "utilitariste", et que cette vision, par ailleurs reflet d'une époque où les relations homme-femme étaient on ne peut plus inégales, ne s'est  transformée que sur le tard.
Et que nous apprend cette révélation toute entière imprégnée de sagesse?
Que seule une prostitution libre et non-faussée, cependant rigoureusement encadrée, permettra au citoyen lambda tel que Thierry de se défaire de certains clichés séculiers qui ne font, au final, que nuire à la place de la prostituée dans nos sociétés."                                                                                                      
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Henri, 23 ans, étudiant :

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" Je fais partie d'une génération beaucoup plus informée que les précédentes en ce qui concerne notre rôle en tant que consommateurs, acteurs sociaux. Aller aux putes n'est pas un acte anodin. Ca ne l'a jamais été. Je réfléchis beaucoup avant d'aller voir une prostituée.
Le mac est-il un homme moral ? Est-ce que je ne manque pas de respect à mon propre corps en faisant ça ? Quelle est le moteur humain de ma démarche ? Est-ce que ma relation à autrui saura se compartimenter et rester préservée ?
Ce sont des questions que tout le monde aurait dû se poser à l'époque où les marchands de chair sans scrupules se jouaient de notre passivité intellectuelle, abolie par une hypnose charnelle et sexuelle. Heureusement, les temps ont changé.
Les labels de prostitution équitables ont grandement facilité les choses. Je ne me pose plus de questions. Je baise en toute confiance ! "


L'avis de Claude Babouche :

" Ce témoignage montre que les jeunes d'aujourd'hui sont beaucoup plus avisés du monde qui les entoure. Ils se sentent responsables de leurs actes. Ils osent dire non ! Ils osent refuser de s'imbriquer dans n'importe quoi et défendent leur droit humain à l'assouvissement génital de qualité. C'est une démarche vraiment adulte et nouvelle. C'est pourquoi il me semble important aujourd'hui d'enseigner un rapport sain à la prostitution et ce dès le collège.
L'éducation a trop longtemps répondue absente sur le sujet et c'est grâce à des entreprises privées et louables qu'un début de changement de mentalité s'est opéré. L'heure est à l'humanisme. Les jeunes nous montrent l'exemple. "
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Aurélien, 22 ans, artiste plasticien :

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" J'ai commencé à aller voir des prostituées il y a peu, en fait. A la base, j'étais plutôt contre cette forme d'asservissement de la femme, puis un jour j'ai eu envie de prendre et j'ai craqué. Je venais de finir une toile et je voulais fêter ça. Alors, je suis descendu dans la rue et je me suis énamouré de la première que j'ai trouvé. A vrai dire, j'ai tout de suite été séduit par l'idée des labels équitables. Depuis longtemps impliqué dans les actions contestataires de mes amis altermondialistes, je ne peux qu'être charmé dès qu'il s'agit de secouer un peu les conventions! Du moment, bien sûr, que je peux rentrer tranquillement chez moi le soir ! Et c'est ça qui est cool ! Tu baises une gonzesse dont tu sais qu'elle est bien entretenue, et t'as pas de soucis à te faire pour ta réputation parce que tu sais que tout est ok ! L'art ne peut que mieux s'en porter ! Et puis j'ai toujours adoré peindre sur les corps des femmes. Sur une prostituée, j'avais jamais essayé. Maintenant, c'est chose faite. Quel plaisir de pouvoir s'exprimer sur une chair d'une telle qualité ! Mon pinceau n'en revient toujours pas !
Je peux dire que c'est vraiment le commerce équitable qui m'a incité à franchir le pas. Maintenant, je suis un véritable adepte de la prostituée."


L'avis de Claude Babouche :

"Aurélien est l'exact reflet de la jeunesse de notre époque : tolérante, ouverte, mais pourtant résolument revendicative, elle ne se laisse pas facilement corrompre et exprime surtout un besoin irrépressible de justice, et ce à tous les niveaux de la société. Il est intéressant de constater ici le paralèlle avec le mouvement altermondialiste, qui, s'il peine aujourd'hui a véritablement trouver son souffle, représente,  surtout auprès des jeunes, une lueur d'espoir dans un monde qu'ils considèrent souvent comme perdu et s'acheminant vers une sorte d'apocalypse. C'est assurément ce genre de message que des gens comme Maurice Bourselet et d'autres veulent faire passer. Et s'il est vrai que tout n'est pas encore parfait aujourd'hui dans le milieu de la prostitution, il n'en reste pas moins que l'essor toujours plus grandissant des labels équitables représente un pari qu'ils sont en passe de gagner."






Ceci est une oeuvre de fiction. Toute ressemblance physique ou patronymique avec des gens existant ou ayant existé ne serait que pure et fâcheuse coïncidence.

Par serveur souriant - Publié dans : Société
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